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Un Noël à la grecque

 

 

    Un souffle glacé déferlait sur les côtes de Grèce en ce mois de décembre. Le vent grec s’infiltrait partout, rafraîchissant l’atmosphère de ce pays méditerranéen. Les aiguilles des ifs bruissaient, la roche chantait, pierre millénaire naturelle ou taillée par la main de l’Homme, les nuages d’un gris clair s’amoncelaient paisiblement dans le ciel... Du haut d’un promontoire, une jeune fille observait le paysage sec qui se dévoilait sous ses yeux. Malgré la grisaille et le froid, la montagne ne perdait pas de sa majesté, mais également de sa dangerosité qui empêchait les humains de s’aventurer dans les alentours. C’était la condition nécessaire pour isoler un lieu sacré des yeux des mortels. Le Sanctuaire de la déesse Athéna se dressait fièrement entre les falaises de cette immense montagne, et les chevaliers serviteurs de la divinité se devaient de le garder secret. Eden, chevalier de Bronze de la Boussole, avait profité de son tour de garde pour méditer en paix. La méditation lui rappelait toujours de vieux souvenirs, mais elle refoulait sa nostalgie pour se concentrer sur sa relaxation. Si son maître savait qu’elle avait le cafard dès qu’elle méditait, il serait bien capable de lui lancer un « Riku Do Rin’ne » pour lui remettre les idées en place. Chassant la moue amusée de son visage, elle bougea un peu pour réajuster sa position lotus et continua à contempler le panorama, laissant le vent s’engouffrer dans ses cheveux et caresser son visage dénudé.

    Bien qu’elle ne la vît pas, la jeune fille pouvait deviner la vallée d’Athènes qui s’ouvrait à la mer. Elle avait toujours été douée pour s’orienter où qu’elle soit, et sa constellation n’était pas anodine quant à ce talent, mais les lumières qu’elle commençait à apercevoir à l’horizon lui permettait également de savoir aisément où se trouvait la capitale grecque. Les décorations devaient illuminer la métropole de couleurs chatoyantes et les rues devaient bourdonner de gens pressés pour leurs derniers achats. Elle n’avait jamais vraiment connu Noël autrement que dans le manoir des Kido ; et encore, elle avait plus passé de temps à s’entraîner avec les autres orphelins que de s’émerveiller sur les contes de Noël. De ce fait, elle n’avait jamais trouvé cette fête très attrayante, à l’image de son cher maître, Shaka de la Vierge, qui dénigrait ces festivités « païennes et impures à la pensée humaine ». Pourtant, son père et son oncle avaient insisté pour que la jeune femme participe aux fêtes de la Nativité avec eux, en compagnie de sa mère. Elle n’avait pas su ou pu refuser. Elle avait passé trop peu de temps avec eux depuis sa naissance. Cette seconde vie qu’avait bénéficié les chevaliers d’Or et sa mère après la guerre sainte contre Hadès était une véritable bénédiction. Eden pouvait profiter de sa famille comme cela aurait dû normalement être le cas. Pas qu’elle regrettait ce qu’il s’était passé il y a treize ans… Du moins, si la perte de sa famille avait été un triple coup au cœur, elle ne pouvait que ressentir de la fierté pour ses proches qui avaient défendu Athéna au péril de leurs vies.

« Alors c’est là que tu te trouvais, ma fille ? »

               Elle se retourna en entendant la voix chaleureuse et répondit au sourire affectueux d’Aiolos du Sagittaire. Elle se leva et fit un câlin à son père alors que celui-ci faisait remarquer, amusé :

« Faire de la méditation pendant son tour de garde… Je ne sais pas si c’est autorisé, Eden…

- Je suis sûre que Shaka le fait.

- Oui, très probablement. Tel maître, tel élève… Allez, viens, Aiolia et ta mère nous attendent au temple du Lion. »

               La jeune fille suivit son père tranquillement. Elle eut une petite pensée pour ses camarades Bronze : Hyôga et Shun avaient décidé de réveillonner avec Saori au palais en compagnie de Dohko, Shiryu était aux Cinq Pics avec Shunrei ; seuls manquaient Seiya et Ikki. Son cœur se serra en repensant à l’état du Pégase depuis la guerre sainte, mais également à l’idée que le Phénix reste seul. Mais elle secoua légèrement la tête, chassant ses idées noires. Elle ne pouvait rien faire pour Seiya, et Ikki… c’était différent. Et compliqué.

               En passant par les différents temples du Zodiaque, elle put constater avec amusement que les autres Ors semblaient pris par la fièvre de Noël. Mü du Bélier les salua chaleureusement lorsqu’Eden et Aiolos arrivèrent à son temple, accompagné de Kiki dont l’agitation perpétuelle semblait avoir décuplée en cette période de fêtes. Aldébaran était également présent et aidait son ami pour les derniers préparatifs. La jeune fille était légèrement déçue que les deux premiers gardiens aient décliné l’invitation de sa mère, Iska des Voiles, à réveillonner avec eux. Mais ils préféraient qu’Eden puisse profiter de sa famille nouvellement réunie le plus possible et la Saint de Bronze n’avait su comment réagir face à cela hormis une profonde reconnaissance. Avoir ramené la paix sur Terre et remettre le Sanctuaire sur pied permettait effectivement aux chevaliers d’Athéna de profiter au maximum de leurs moments de tranquillité. Certains en profitaient même allégrement et Eden n’était pas prête d’oublier la panique qui l’avait saisie lorsqu’elle avait vu Milo du Scorpion et l’assistante du Pope s’embrassaient à en perdre haleine en plein milieu du huitième temple. Le seul souvenir de cette scène fit rougir instantanément le Bronze de la Boussole. Elle secoua de nouveau la tête alors qu’elle atteignait le troisième temple où les deux jumeaux l’accueillirent. Saga et Kanon n’avaient rien préparé de grandiose pour leur propre réveillon, mais ils comptaient bien profiter de la soirée pour passer un moment entre frères et renouer des liens qui étaient ternis depuis plus de quinze ans. Son second maître n’avait pas encore réussi à dépasser son sentiment de culpabilité des derniers évènements, mais Eden n’était pas pessimiste. Que Saga ait accepté de la prendre comme élève pour la succession de l’armure des Gémeaux, alors qu’il lui avait pris toute sa famille, était déjà un grand pas en avant. Le temple du Cancer était, quant à lui, vide. Plus aucune tête de mort ne couvrait les parois intérieures de la maison, rendant l’endroit un chouïa plus accueillant.

« On dirait que Deathmask est parti chez Aphrodite, renseigna Aiolos.

- Je ne pensais pas qu’il serait du genre à participer à des fêtes comme Noël.

- Il ne l’est pas, mais Aphrodite et Cassandre veulent faire le réveillon et il les a suivi. Aiolia a failli se faire attaquer quand il avait fait remarquer à Deathmask qu’il était jaloux d’Aphrodite. »

               La jeune fille eut un sourire amusé à la vision de son courageux oncle en proie aux vociférations d’un Cancer furibond. Lorsqu’elle aperçut la maison du Lion, son sourire s’élargit, impatiente, malgré son désintérêt pour Noël, de passer du temps avec sa famille. Pourtant, une voix grave et rocailleuse s’éleva entre les colonnes du cinquième temple.

« Passer la soirée avec vous ? Désolé, Aiolia, mais ce genre de choses n’est pas pour moi. »

               Le cœur d’Eden rata un battement en reconnaissant la voix d’Ikki du Phénix. Ce dernier se dirigeait vers la sortie du temple du Lion en compagnie du chevalier d’Or avec qui il s’entraînait ; mais il pila net en voyant Aiolos et la Bronze de la Boussole. Le regard du jeune homme accrocha celui de sa camarade une brève seconde avant qu’il ne parle :

« Bonjour, Eden, Aiolos.

- Bien le bonjour, Ikki !

- Bonjour, Ikki. »

               La voix de la femme-chevalier avait été faible, en écho à la tristesse qui lui étreignait doucement le cœur. Mais une voix féminine brisa le silence gênant.

« Tu es sûr que tu ne veux pas rester avec nous tous, Ikki ? Eden serait contente de réveillonner avec toi ! C’est Noël, voyons ! C’est le temps des cadeaux et des bisous ! C’est l’occasion de la déflorer un peu !

- ISKA !

- MAMAN ! »

               Iska apparut derrière Aiolia, son éternel sourire moqueur sur les lèvres. Elle semblait très satisfaite des rougeurs qu’elle avait provoquées chez les deux jeunes Bronze. Eden n’osa pas regarder le Phénix et essaya de faire disparaître la gêne sur son visage, maudissant sa mère d’avoir autant d’idées embarrassantes dès qu’Ikki était dans les parages. Elle aimait beaucoup le chevalier d’Argent, mais elle n’avait que 14 ans ! Elle n’aurait jamais pensé que sa mère parlerait aussi… crûment au sujet de sa propre fille. Mais quand on voyait comment sa famille avait fini, le chevalier de la Boussole ne s’étonnait plus de grand-chose. Cependant, la voix du Bronze Saint la fit sortir de ses pensées.

« Je pense qu’Eden sera plus tranquille avec sa famille qu’avec moi. Passez un bon réveillon. »

               Et il partit sans plus de cérémonie. Un silence légèrement pesant plana entre les chevaliers restants. Eden ne put s’empêcher de baisser la tête en se ressassant la phrase de son camarade. Elle savait que le Phénix était un solitaire, mais cela la chagrinait tout de même. Il ne passait même pas la soirée avec son frère, et Eden savait que cela attristait profondément Shun qui, comme d’habitude, ne le montrerait pas. La Boussole et Andromède se comprenaient parfaitement lorsqu’il s’agissait d’Ikki. Après tout, elle avait de forts sentiments envers lui. Ce n’était un secret pour personne, et elle savait que le principal concerné éprouvait quelque chose pour elle. Mais leur relation n’avait jamais dépassé le stade de la simple déclaration.

    La jeune fille sentit une main paternelle sur son épaule et elle eut un faible sourire d’excuse pour son père. D’un commun accord, les trois adultes décidèrent de continuer l’ascension pour se rendre au temple du Sagittaire où ils passeraient le réveillon. Le silence devint un peu plus confortable et Eden retrouva le sourire lorsqu’elle vit Shaka. Son maître était toujours en train de méditer et il la salua chaleureusement. Enfin, aussi chaleureusement que pouvait l’être la Vierge, mais la Boussole avait été son élève après tout. Elle s’était même attendue à ce qu’il lui fasse une réflexion sur sa participation à une fête « bassement matérielle », mais il n’en fut rien. Il avait même un sourire doux qui laissait la jeune fille perplexe.

               La montée des marches continua et lorsque la petite famille arriva au temple du Scorpion, ils trouvèrent Milo, Shura et Camus discutant tranquillement.

« Salut, les jeunes ! Alma n’est pas avec toi, Milo ? C’est étonnant, dis-moi, fit remarquer Iska avec un sourire entendu.

- Elle n’a pas fini sa journée encore. Et elle doit se préparer après, lui répondit le gardien du huitième temple avec un sourire grand jusqu’aux oreilles, ignorant le regard incendiaire du Capricorne.

- Et vous deux ? demanda la femme-chevalier en se tournant vers Shura et Camus. Vous passez Noël avec les deux tourtereaux ? »

               Le Verseau ne fit qu’hocher brièvement la tête. En réalité, lui aurait bien passé la soirée à lire tranquillement dans son temple avec un verre de vin chaud, mais un certain arthropode l’avait harcelé ces derniers jours et le chevalier de l’Autel en avait rajouté une couche. Il savait qu’il n’aurait pas dû fréquenter la bibliothèque du Sanctuaire ces derniers temps… Alma s’y trouvait très souvent aussi et il avait légèrement du mal à refuser une requête de ses deux amis d’enfance. Shura, pour sa part, continuait de darder ses yeux sur le Scorpion et répliqua :

« Alma a insisté pour que je passe la soirée de Noël avec elle, mais j’aurai espéré que l’on serait resté en famille. »

               Milo leva les yeux au ciel, se retenant de balancer une remarque bien sentie à l’Espagnol, irrité par cette tendance surprotectrice de Shura envers sa petite sœur. Cela n’aurait tenu qu’à lui, il aurait bien éjecté le Capricorne de la soirée avec quelques Scarlett Needle bien placées dans le postérieur. Mais c’était le risque de se faire bouder par une Alma rancunière comme pas deux.

               La famille d’Eden finit par laisser le trio et entrèrent dans le temple du Sagittaire. Les appartements privés d’Aiolos avaient été sobrement décorés pour l’occasion. La table était dressée et une agréable odeur sucrée trônait dans l’atmosphère. La Bronze de la Boussole se sentait bien dans cette pièce. Elle enleva son armure qu’elle avait gardé depuis son tour de garde et s’attabla avec sa famille. Aiolos commença à servir le repas et Eden regarda avec curiosité les multiples petits gâteaux entreposés sur la table. Aiolia sourit face au regard inquisiteur de sa nièce.

« Tu n’as jamais fait de réveillon de Noël, Eden ?

- Si, mais… Nous n’avions rien au manoir Kido. C’est la première fois que… je mange un vrai repas de réveillon… avec quelqu’un… »

               Les trois adultes regardèrent la jeune fille avec tendresse. Avec son entraînement de Saint, ils avaient parfois du mal à croire qu’Eden n’était encore qu’une enfant. Une enfant qui avait grandi trop vite. Et qui était pour eux l’être le plus pur sur cette Terre. Aiolos prit alors une des friandises et la tendit à sa fille.

« Alors, mangeons tous ensemble pour ton premier réveillon de Noël, ma chère Eden. »

               La susnommée prit délicatement la friandise et la porta à sa bouche. Ses papilles furent assaillies par le doux goût du miel et celui prononcé de la noix. Elle écarquilla les yeux sous la surprise. Elle n’avait jamais mangé quelque chose d’aussi délicieux.

               Le repas se passa dans une ambiance merveilleuse. Les discussions allaient bon train, quelques rires étaient échangés, les sourires ne quittaient pas leurs visages. Eden goûtait avec plaisir à tous les plats, découvrant la chaleur du réveillon de Noël et les traditions qui allaient avec. Son oncle lui en parla longuement, nostalgique des quelques fêtes de fin d’année qu’il avait partagé avec son grand frère dans son enfance. Il lui parla des décorations qu’on rencontrait en ville, des légendes qui entourent les festivités, des plats traditionnels comme le melomakarona[1] et le kourabiedes[2], ces deux gâteaux dont la jeune femme raffolait.

    Alors qu’Aiolia et Eden riaient à une anecdote de la jeunesse du Lion, Aiolos et Iska se regardèrent et échangèrent un sourire tendre. Un sentiment leur étreignait le corps, un trop plein de sensations en réalisant que le destin avait réuni leur famille malgré tout ce qu’il s’était passé. Le Sagittaire, qui tenait délicatement la main de sa compagne, remonta doucement ses doigts le long du bras d’Iska pour venir caresser sa joue, effaçant une petite larme au coin de ses yeux, avant d’offrir un baiser timide au chevalier d’Argent. Aucun des deux ne se rendirent compte qu’Eden et Aiolia les regardaient, jusqu’à ce que la voix du Lion ne les sorte de leur petit nuage :

« Au fait, Eden, tu savais que j’avais un jour demandé à Aiolos ce qu’il ferait s’il découvrait qu’Iska était moche sous son masque ? »

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               Ikki venait de finir quelques tours de garde et marchait d’un pas calme et mélancolique. Il n’y avait pas de grande nécessité à faire ces rondes, d’où le fait qu’il ne portait pas son armure, mais il devait s’occuper l’esprit. Il aimait bien errer seul pendant de longues heures de cette manière, sentir le vent lui souffler des conseils à l’oreille, l’encourager à avancer dans la voie qu’il s’était tracé, dans sa façon d’être. Beaucoup de gens voyaient Ikki comme un être solitaire et sans pitié, doté d’une incroyable personnalité qui lui permettait d’endurer même les Enfers. Mais peu de gens savaient ce qui se cachait au fond de lui : une âme au grand cœur qui avait souffert maintes fois, avait été ravagé par la haine et avait perdu des êtres chers. Le Phénix avait un désir ardent de protéger ceux qu’il aimait, mais il était toujours un peu maladroit. Alors il se renfermait dans cette carapace de solitaire taciturne. Son frère Shun était bien le seul qui le connaissait vraiment et c’est pour le protéger qu’il avait depuis toujours cette personnalité bien trempée. Mais il aurait voulu qu’une autre personne apprenne à connaître cette partie de lui qui ne demandait qu’à aimer, tout comme il avait aimé sur l’île de la Reine Morte. Eden l’avait toujours intrigué depuis qu’ils étaient petits et lorsqu’il l’avait revu au bout de six années, malgré son cœur rempli de haine, il n’avait pu s’empêcher de penser à quel point il avait été heureux de voir qu’elle était en vie. Mais c’est également cela qui avait renforcé sa haine ; lors de ces houleuses retrouvailles, il aurait presque préféré la savoir morte. Son cœur dévoré par l’aversion et la soif de vengeance n’avait désiré que ça. Il l’avait désiré car il était envieux de ses camarades. Au fond de lui, il leur en voulait car ils n’avaient rien perdu. La mort d’Esmeralda avait ravagé son cœur avec une telle force qu’il peinait à le croire encore aujourd’hui ; mais c’est également ce souvenir qui l’effrayait le plus. Si, malgré ses sentiments pour Eden, Ikki n’avait jamais osé aller plus loin, c’était parce qu’il avait peur. Lors de la bataille contre Hadès, il s’était déclaré alors qu’il protégeait la jeune fille prête à se suicider, terrifié de la perdre. Mais aujourd’hui, c’était de lui-même qu’il avait peur. Il ne voulait pas qu’elle souffre par sa faute comme Esmeralda. Il avait ouvert son cœur à cette femme, et elle en avait payé le prix fort. Il ne voulait pas que cela recommence.

               Lorsqu’Aiolia lui avait proposé de partager la soirée avec Eden et sa famille, il avait refusé par égard pour la jeune fille. Elle avait la possibilité de rester avec les siens, il fallait qu’elle en profite au maximum. Mais Ikki avait également refusé car il n’aimait pas les rassemblements et il n’avait rien à offrir au Bronze de la Boussole. Il avait d’ailleurs remarqué le regard peiné de son amie, mais il ne pouvait pas revenir en arrière. De toute façon, c’était mieux ainsi. Il allait sûrement rejoindre Shun, Hyôga et Saori pour passer le reste de la soirée avec eux.

               Il s’arrêta subitement lorsqu’il se rendit compte qu’une silhouette était assise en haut d’un promontoire. Le Cosmos puissant et paisible qui dégageait de ce personnage ne laissait planer aucun doute sur son identité, de même que le chapelet qu’il faisait tourner dans sa main droite.

« Ikki du Phénix… Que viens-tu faire ici par cette belle nuit étoilée ?

- Je pourrai te poser la même question, Shaka de la Vierge.

- Bouddha aimait aussi les endroits paisibles en contact avec la nature, renseigna le chevalier d’Or. Le monde n’est peut-être qu’illusion, mais il serait dommage de ne pas en profiter comme l’on peut profiter d’un fruit frais. »

               Le Bronze Saint regarda l’horizon qui semblait s’illuminer. Nul doute que la ville d’Athènes était en pleine effervescence. Il leva ensuite les yeux vers les étoiles et repéra quelques constellations. Le vent grec vint s’engouffrer dans ses cheveux.

« Puis-je te proposer un peu de méditation avec moi, mon ami ?

- Désolé, mais je passe mon tour, déclina Ikki avec un petit rire.

- Serais-tu alors ici en quête de repentance ?

- … Il n’y a aucune de mes actions qui mérite d’être pardonné…

- De même que le serpent défait sa peau, nous devons constamment nous défaire de notre passé.[3] »

               Shaka finit par tourner sa tête vers Ikki qui scruta ses yeux fermés. Le jeune garçon soupira en reportant son attention sur la voute céleste :

« Le passé… Si je m’en défaisais complètement, crois-tu que je pourrais me regarder dans un miroir et m’assumer en tant qu’homme ?

- Dans la vie, nous ne pouvons échapper au changement ou à la perte, ce sont des choses immuables au destin de chacun[4]. Toutefois, l’homme possède une arme qui s’appelle l’Espoir. Tout homme et toute femme la possèdent, et nous autres, chevaliers d’Athéna, ne faisons pas exception. C’est même notre arme la plus puissante pour servir notre déesse. Nous sommes libres de l’utiliser comme bon nous semble, pour atteindre nos objectifs, quels qu’ils soient. Mais cette liberté et le bonheur qui en découle sont à la mesure de la souplesse et de l’aisance avec lesquelles nous accueillons le changement.[5] »

               La Vierge ouvrit ses yeux et Ikki y vit le même bleu impénétrable que lorsqu’il l’avait affronté lors de la bataille du Sanctuaire. Mais en temps de paix, les pupilles de Shaka n’étaient aucunement une source de danger.

« Et alors quoi ? Serais-tu en train de me dire que je devrais faire comme si rien ne s’était passé, au risque de refaire les mêmes erreurs ?

- Ne sois pas stupide, mon cher ami. Tout être vivant a peur, mais tout être humain a également peur à cause de sa conscience. Toutefois, se morfondre de ses erreurs ne sert à rien. Serviteurs de la déesse Athéna, nous sommes capables de pardonner aux autres, mais l’inverse est tout aussi vrai quand le besoin s’en fait sentir. Tu ne dois pas laisser tes peurs te tourmenter et t’empêcher de vivre Ikki ; surtout si une lumière est là pour t’éclairer le chemin et te montrer la voie. Cette lumière d’Espoir, il faut que tu la saisisses. »

               Pris de court par les mots du plus âgé, le Phénix ne réagit pas quand l’Indien lui présenta le chapelet.

« Shaka ?

- La vie des hommes est très courte à l’échelle de l’Univers. L’amour est un beau sentiment, mais il peut ne durer qu’une seule seconde… Alors, donne-lui ceci. Si Noël est un temps de réjouissances et d’échanges de présents, elle appréciera celui-ci à sa juste valeur. 

- Mais… ? Pourquoi tu… ? »

               Shaka ne lui laissa pas le temps de répliquer et lui déposa l’objet liturgique dans les mains.

« Va, maintenant. Eden n’attend plus que toi. Si tu ne saisis pas ta chance, je te châtierai jusqu’à la fin de tes jours. »

               La menace avait été prononcée sur un ton léger, mais Ikki connaissait assez bien Shaka pour savoir qu’il ne plaisantait pas. Il serra le chapelet dans sa main au bout de quelques secondes et partit d’un pas hésitant vers le temple du Sagittaire, laissant le chevalier de la Vierge retourner à sa méditation. En traversant les différents temples, il put constater que tout le monde s’amusait. Il passa même dans un temple du Cancer où d’étranges grincements de sommier se faisait entendre. Il accéléra donc le pas et arriva rapidement à la sortie de la maison de la Balance. En montant au temple du Scorpion, il put voir Alma et Milo blottis l’un contre l’autre, regardant les étoiles et s’échangeant quelques baisers de temps à autre. Il les ignora et traversa le temple. Mais lorsqu’il arriva au bas des marches menant à la maison suivante, il s’arrêta. Eden devait encore être avec sa famille. Était-ce finalement le bon moment ? Avait-il le droit de caresser un tel espoir ?

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               Eden sortit de la maison de son père pour respirer un peu d’air frais. Le vent froid vint jouer dans ses cheveux et elle inspira à plein poumons. La soirée avec sa famille avait été merveilleuse. Elle se sentait si bien avec eux. Elle espérait avoir de nouveau la chance de profiter de moments comme celui-ci. Si Athéna faisait régner la paix sur Terre, son souhait était plus que réalisable. Cependant, au fond d’elle, la jeune fille aurait aimé qu’une autre personne se joignent aux festivités. Elle repensa à sa brève entrevue avec Ikki. Leur relation était compliquée, c’était le cas de le dire. Mais Eden n’en voulait pas au Phénix. Il avait traversé des épreuves très difficiles, et il n’était pas du genre à se laisser au sentimentalisme de toute façon. Elle aimerait juste pouvoir lui avouer une nouvelle fois ce qu’elle ressentait, ne pas se dire que leurs sentiments ne se manifestaient que dans les pires situations. Elle l’aimait trop pour accepter des conclusions aussi pessimistes.

               Mais elle perçut tout à coup un Cosmos flamboyant plus que familier. Tournant la tête à gauche, elle vit une silhouette masculine figée dans l’ombre de la nuit, faiblement éclairée par les braseros installés à l’extérieur du temple du Sagittaire. Comme aucun des deux ne bougeait, elle appela :

« … Ikki ?

- J’espère que je ne te dérange pas, Eden. »

               Il s’avança et la jeune fille put de nouveau voir son visage. Un silence étrange plana au-dessus d’eux. La Bronze de la Boussole fixait les yeux du Phénix où semblait danser une lueur incertaine.

« Ta soirée s’est bien passée ? »

               Eden redescendit sur Terre en entendant son camarade.

« Oh… Oui, c’était très bien. J’avais toujours désiré faire un repas avec ma famille. Je n’aurai jamais cru que cela aurait pu être possible… 

- … Les repas de famille… murmura Ikki avec un petit rire. Shun et moi en faisions beaucoup à une époque.

- Pourquoi ne pas l’avoir fait cette nuit alors ? »

               Le Phénix reporta son attention sur la jeune fille qui affichait un visage sérieux et calme.

« Réveillon ou pas, ton frère se réjouirait sans doute que vous passiez un plus de temps ensemble.

- Nous n’avons guère eu le temps pour ça récemment.                          

- Non, c’est vrai. Mais rien n’empêche de rattraper le temps perdu. »

               Ikki fixa la jeune fille et serra le poing dans son dos qui tenait le chapelet que Shaka lui avait donné. Eden lui renvoyait ses erreurs en pleine figure, mais elle le faisait avec tant de douceur que le jeune homme ne pouvait pas lui en vouloir ; d’autant plus qu’elle avait entièrement raison. Mais il n’y arrivait pas. Il n’arrivait pas à panser ses plaies les plus profondes. Eden était belle, magnifique, pure. Il ne voulait pas la souiller ou pire, la tuer. Il se mordit la joue en contemplant les émeraudes qui le scrutaient.

« Nous sommes peut-être des chevaliers d’Athéna, Ikki, mais nous sommes aussi des adolescents. Saori veut que nous menions notre vie dans ce sens-là. Et même si je protègerais Athéna encore et toujours, j’ai décidé de profiter de ce que la vie pouvait m’offrir, car la durée de la vie n’est rien face à l’échelle du temps. C’est pour ça que… j’aurais vraiment aimé que tu viennes avec nous ce soir… »

               La jeune gréco-israélienne ne détourna pas le regard bien que les rougeurs envahissant ses pommettes trahissaient sa gêne à cet instant. Le Bronze Saint, quant à lui, écarquilla les yeux en entendant ces paroles si similaires à celle de Shaka. Eden était bien son élève. Tant de sagesse de sa part le surprenait toujours autant et pas tant que ça en même temps. Et le souhait de son amie lui réchauffait doucement son cœur ravagé par les remords, agissait comme un baume apaisant. Serrant le chapelet à s’en blanchir les doigts, il rassembla son courage et s’avança doucement vers la jeune fille.

« Eden… Je… Je suis désolé. Je ne sais pas si c’est approprié, mais j’aimerais t’offrir quelque chose. »

               Sous l’œil interrogatif de la susnommée, Ikki dévoila le chapelet et le présenta à la jeune fille. Cette dernière écarquilla les yeux face à l’objet pour leva la tête vers le Phénix.

« … Ikki ? »

               Il ne répondit pas, mais son faible sourire parlait pour lui. Mais une fois qu’il reposa le chapelet entre les doigts d’Eden, il rompit le contact en détournant la tête. Il avait une furieuse envie de partir. Plus il s’éloignait de celle qu’il aimait, mieux ce sera. La Boussole, quant à elle, scrutait le chapelet sans douter une seule seconde de la provenance de l’objet. Shaka veillait sur elle. Cet objet les reliait tous les deux par leur croyance, leur façon d’être, mais il donnait également sa bénédiction. Il ne souhaitait rien de plus que le bonheur de son élève.

    Refoulant ses larmes de reconnaissance, elle enroula soigneusement le chapelet autour de son poignet et releva les yeux sur le visage à demi-tourné d’Ikki. Il semblait tellement hésitant, tellement… apeuré.

« Ikki… »

               Le susnommé sentit les doigts frais d’Eden sur sa joue qui lui intimaient de la regarder. Son ventre se tordit en voyant l’expression inquiète sur le visage de la jeune fille. Pourtant, le sourire doux que lui adressait la Bronze Saint restait gravé dans sa rétine.

« Merci. »

               Elle se pencha légèrement en avant pour frôler timidement ses lèvres des siennes. Les yeux d’Ikki s’agrandirent sous le choc et il eut un faible mouvement de recul.

               Non ! Il ne voulait pas lui faire de mal ! Il ne voulait pas qu’elle souffre par sa faute ! Il devait rester seul pour son bien !

               Mais Eden ne le laissa pas s’éloigner en posant ses deux mains sur les joues d’Ikki, encadrant son visage avec une infinie tendresse. Elle ne voulait pas que le jeune homme fuit son regard. Elle voulait qu’il voit qu’elle serait là pour lui, qu’elle ferait partir ses peurs, du mieux qu’elle le pourrait. Elle ne voulait pas le laisser seule, parce qu’il ne le méritait pas. Parce que personne ne le méritait pas. Et surtout l’homme qu’elle aimait de plus profond de son être.

               Elle sentait Ikki trembler. C’était très léger, certes, à peine perceptible ; mais cela lui crevait le cœur. Alors elle frotta doucement ses pouces contre les joues du jeune homme comme pour chasser les larmes anciennes qui étaient tombées durant l’entraînement de son frère d’armes. Ikki respirait mal en voyant la vérité dans les prunelles de son amie, en sentant son Cosmos l’enveloppait tendrement. Il finit par céder lentement lorsqu’Eden scella une nouvelle fois leurs lèvres avec douceur. Ils fermèrent les yeux sous l’agréable sensation et Ikki referma inconsciemment ses bras sur le corps frêle de celle qu’il aimait. Il répondit au baiser de la jeune femme tandis que cette dernière se laissait aller dans ses bras. Ils se protègeraient mutuellement, quoiqu’il arrive et quoiqu’il advienne. Personne, pas même les dieux, ne viendraient leur enlever ce qui leur était cher.

               Le vent grec vint s’amuser dans leurs cheveux, emportant avec lui les promesses silencieuses des deux jeunes amoureux dont ce réveillon resterait à jamais gravé dans leurs mémoires et dans leurs cœurs.



 

[1]Gâteau à base de miel et de noix. Celui qu’Eden a goûté quelques lignes avant.

[2] Gâteau à base d’amandes et de fleur d’oranger.

[3] Vraie citation de Bouddha ! 8D

[4] Citation de Bouddha n°2.

[5] Citation de Bouddha n°3.

Hello, everybody! :wave:

Voici une petite fic comme cadeau de Noël pour Kaizoku-no-Yume avec son OC Saint Seiya, Eden, et Ikki du Phénix! ^^

J'espère que ça te plaira! :dance:

Pixys Eden, Vela Iska and Orion Cassandre © :iconkaizoku-no-yume:
Story and Altar Alma © me :icongueparddefeu:
Saori, Gold Saints, Bronze Saints and Phoenix Ikki of Saint Seiya © Masami Kurumada - 1986/2008
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:iconperladellanotte:
Perladellanotte Featured By Owner Dec 28, 2016
Fantastic fanfic! You are great
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:icongueparddefeu:
GueparddeFeu Featured By Owner Dec 28, 2016  Hobbyist Digital Artist
Thank you very much ! =D
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:iconchuju-loves-zuko:
ChuJu-loves-Zuko Featured By Owner Dec 28, 2016  Hobbyist Writer
I read the title saying greek and I thought it was for me XD.
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:icongueparddefeu:
GueparddeFeu Featured By Owner Dec 28, 2016  Hobbyist Digital Artist
Ah sorry xD
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:iconchuju-loves-zuko:
ChuJu-loves-Zuko Featured By Owner Dec 28, 2016  Hobbyist Writer
no worries lol XD ;P
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:iconkaizoku-no-yume:
Kaizoku-no-Yume Featured By Owner Dec 28, 2016  Hobbyist General Artist
Mes bébééééééééééééééééééééés 
:iconuhuhuhuplz:
bllbllbllblle
*se meurt dans le lovu*
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:icongueparddefeu:
GueparddeFeu Featured By Owner Dec 28, 2016  Hobbyist Digital Artist
Hehehehehehehehehehehe~Blushed Super Happy Flailing Cookie

Je suis contente que tu aimes! x33
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December 28, 2016
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Sta.sh Writer
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